2010JUERGEN TELLER, Touch me, Le Consortium Rue Quentin 24 janvier-14 mars 2010 Vernissage le samedi 23 janvier 2010 à partir de 18h Le titre choisi par Juergen Teller pour son exposition au Consortium « Touch Me » peut s’entendre de diverses manières : il renvoie au désir somme toute assez naturel exprimé par l’artiste que son œuvre vous «touche», et se pare aussi des connotations sexuelles que ne manque pas de brasser son travail photographique. Avec un peu plus d’ironie, on peut y voir la proposition du photographe «star» de s’offrir au contact (puisque de sujet à cette injonction il n’y a pas), comme pour vérifier qu’il est bien humain. C’est en effet une exposition singulière. Juergen Teller n’y a pas été convié pour l’extraordinaire renommée de son travail dans l’industrie du luxe (peu d’images de cette nature y seront présentées) mais pour la dimension esthétique particulière de son travail photographique en général. Certes, ce travail photographique (comme avant lui celui de Guy Bourdin, Helmut Newton, David Hamilton) a trouvé dans l’industrie du luxe une plateforme de diffusion. Mais comme pour ces photographes, il est loin d’y être cantonné. Ce qui frappe dans la production photographique de Juergen Teller est précisément cette capacité à exprimer son époque en inventant le langage plastique qui lui correspond le mieux (comme avant lui David Hamilton dans les années 70, Nan Goldin dans les années 80). Assurément nouveau, ce langage prend appui sur son histoire personnelle : de nombreuses photographies l’évoquent de manière plus ou moins évidente. Cette évocation se loge parfois dans un détail (une petite pièce de bois pareille à celles que fabriquait son père, luthier) ou constitue le sujet même de l’image, telle celle de sa mère balayant la tombe de son père. Il fait, en outre, la part belle à la sexualité, à la chair et à ses plaisirs, à la nudité et à sa simplicité : autant de dimensions si curieusement absentes de la production artistique contemporaine. Ce langage particulier sait aussi convoquer souvent le surréalisme, dans des situations complexes et des rencontres inattendues : un poulpe abandonné sur les draps d’un lit, les stalactites d’une grotte,... De ce surréalisme manifeste, il ne s’éloigne finalement que pour lui préférer l’incongruité du corps humain – comme le peintre Lucian Freud qui déclara : « Je crois que la rencontre évoquée par Lautréamont du parapluie et de la machine à coudre sur une table d’opération avait une sophistication inutile. Qu’y-a-t’il de plus surréaliste qu’un nez entre deux yeux?» La fascination de Teller pour les personnes (plus que les personnages) l’a conduit a faire le portrait de nombreux artistes de notre époque dont plusieurs sont présentés dans l’exposition au Consortium: Richard Hamilton, Roni Horn, David Hockney. Harald Szeeman expliquait que son rôle de commissaire d’exposition, dans les années 70, était avant tout de « rendre les choses possibles », c’est-à-dire de permettre aux artistes de mettre en œuvre des projets qui, sans lui et sa prise en main de l’occasion, n’auraient pu se réaliser. A Juergen Teller, c’est la notoriété qui rend les choses possibles, et cet engouement spectaculaire qui fait de lui le photographe le plus convoité aujourd’hui par l’industrie de la mode : campagnes publicitaires, photographies pour les magazines, etc. Dans les images qui résultent de ces possibilités extravagantes qui lui sont offertes par l’époque, et qu’il exploite effectivement (disposant de la salle de La Jo- conde au Louvre pour y photographier Charlotte Rampling, disposant du divan de Freud pour y photographier une femme nue, disposant de la résidence princière des von Thurm und Taxis pour y photographier à loisir les extravagances de sa propriétaire), Teller ne fait rien de plus et rien de moins que lorsqu’il photographie son fils, un chaton, ou la voiture achetée pour remplacer la précé- dente : le portrait de l’aujourd’hui. Pour cette raison en particulier, l’exposition « Touch Me », au Consortium, re- groupe une cinquantaine d’œuvres nées d’occasions et de provenances diverses (dont certaines, inédites, ont été réalisées spécialement), et prélève volontiers une seule image dans un corpus conçu pour être plus vaste, déconstruit les séries photographiques pour composer, in fine, une exposition de « l’œuvre » de Juergen Teller plus que de ses « travaux ». Et caresse l’ambition de ne pas exposer un photographe de mode, mais un photographe qui, peut-être mieux que les autres, sait envisager son époque – la nôtre – et en livrer une traduction esthétique originale. Eric Troncy 
Photo Andre Morin  Paradis XVIII, 2009. Copyright Juergen Teller
Photo Andre Morin
Siegmund Freud's Couch (Malgosia), London 2006. Copyright Juergen Teller Photo Andre Morin

Octopussy, Rome 2008. Copyright Juergen Teller
Photo Andre Morin ____ LYNDA BENGLIS, le Consortium, Rue Quentin 2 avril - 20 juin 2010 Photographies: André Morin Cette exposition est la première monographie en Europe de l’artiste américaine Lynda Benglis dont l’œuvre a su défier les normes artistiques habituelles par une fusion novatrice du fond et de la forme. L’exposition rassemble un groupe de sculptures et de reliefs muraux qui témoignent des préoccupations formelles de l’artiste depuis les années 1960. L’intérêt constant de Lynda Benglis pour le processus de production de l’œuvre l’a menée à développer tout le potentiel des différents matériaux qu’elle a utilisés. Prenant le corps et le paysage pour références principales, elle créé des œuvres abstraites immédiates et physiques. Décrites comme des « gestes gelés », nombre d’entre elles semblent défier la gravité, en ayant figé le mouvement. Cette exposition témoigne d’une production remarquable : – premières peintures de latex versé au sol, – sculptures de polyuréthane (mousse expansée et colorée), ses reliefs en cire de la fin des années 1960, jusqu’à Wing, rare témoignage restant (un moulage en fonte d’aluminium) de l’une de ses sculptures en porte-à-faux du début des années 1970, – l’installation Primary Structures (Paula’s Props) de 1975, – sculptures plissées métallisées des années 80/90, – réalisations plus récentes en polyuréthane, The Graces, 2003-2005. Une nouvelle œuvre, Double Fountain, prenant la forme d’une fontaine moulée en bronze, est montrée pour la première fois – au Jardin Botanique de Dijon. L’artiste a développé l’idée des sculptures hydrauliques à la suite des installations en porte-à-faux du début des années 1970, aujourd’hui majoritairement détruites. Sa première fontaine The Wave (The Wave of the World) de 1983, fut réalisée pour l’Exposition universelle à la Nouvelle-Orléans. Connue pour son coup d’éclat – en 1974, elle pose nue avec un substitut sexuel qui l’hermaphrodise – publié dans une célèbre revue d’art contemporain américaine Artforum, elle adopte des positions féministes qui dérangent même les plus radicales. Née en 1941 en Louisiane aux Etats-Unis, Lynda Benglis vit et travaille entre New York, Santa Fe (Nouveau Mexique), Kastelorizo (Grèce) et Ahmedabad (Inde). Les expositions monographiques récentes dédiées à Lynda Benglis : Cheim & Read, New York, 2009 ; Shape Shifters, Locks Gallery, Philadelphia, 2008 ; Lynda Benglis : Pleated, Knotted, Poured, Locks Gallery, Philadelphia, 2007 ; Lynda Benglis : Sculptures, Bass Museum of Art, Miami, 2003. Lynda Benglis a aussi été largement montrée dans des expositions collectives majeures comme : Century City : Art and Culture in the Modern Metropolis, Tate Modern, London, 2001 ; Summer of Love : Psychedelic Art from the 60s, Tate Liverpool, 2005 ; High Times, Hard Times : New York ;Painting 1967-1975, Independent Curators International, New York, 2007. Cette exposition est une collaboration internationale européenne et américaine avec : Van Abbemuseum d’Eindhoven, Pays-Bas, Irish Museum of Modern Art, Dublin, Le Consortium, Dijon, France, Museum of Art, Rhode Island School of Design, Providence, Rhode Island New Museum, New York. Le catalogue Un ouv Ouvrage monographique (bilingue) édité par Les presses du réel accompagne l’exposition. Il comprend les contributions de Dave Hickey, Elisabeth Lebovici, celles des commissaires d’exposition Franck Gautherot, Caroline Hancock, Laura Hoptman et Judith Tannenbaum, une interview de l’artiste par la commissaire Seungduk Kim et une chronologie détaillée par la commissaire Diana Franssen. De nombreux documents d’archives inédits (articles de magazines, photographies, lettres, vues d’installation) sont reproduits avec plusieurs centaines de reproductions d’œuvres de Benglis depuis le milieu des années 1960 jusqu’à aujourd’hui. Organisé autour du très controversé numéro de novembre 1974 du magazine américain Artforum où l’artiste y est présentée nue avec un godemiché démesuré, un ensemble de textes sont reproduits : « The Frozen Gesture » par Robert Pincus-Witten (novembre 1974) et « Bone of Contention » par Richard Meyer (novembre 2004), ainsi que de nombreux témoignages d’artistes et d’écrivains qui lui apportèrent leur soutien à l’époque. Des contributions d’artistes contemporains (Cindy Sherman, Annette Messager, Richard Tuttle, Keith Sonnier, John Baldessari…) apportent en contrepoint un éclairage inédit et confraternel. Le catalogue Lynda Benglis est disponible lors de votre visite à la boutique du Consortium, 40€.
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